La source la plus fiable sur ce que gagnent les chauffeurs
Quand on cherche à savoir combien gagne réellement un chauffeur VTC, les chiffres abondent et se contredisent. L'Autorité des relations sociales des plateformes d'emploi (ARPE) fait figure d'exception : organisme public, elle agrège chaque année les données transmises directement par les plateformes. Son édition 2026, publiée en avril, couvre la période 2021 à 2025 et porte sur neuf plateformes opérant en France métropolitaine : Allo Cab, Bolt, Comin, Freenow, Heetch, Le Cab, Sixt Ride, Mysam et Uber.
C'est, à ce jour, la lecture officielle la plus complète de l'évolution des revenus du métier. Encore faut-il la lire correctement.
L'avertissement que personne ne cite
Avant tout chiffre, l'ARPE pose une mise en garde essentielle, trop souvent passée sous silence. Les indicateurs publiés sont des revenus bruts, transmis par les plateformes. Le revenu horaire est calculé sur un cas théorique : celui d'un chauffeur « continuellement en course, sans temps d'attente entre deux prestations », ce qui, de l'aveu même de l'Autorité, « tend à surestimer le revenu horaire réellement perçu ».
Surtout, ces montants ne déduisent ni les cotisations sociales URSSAF, ni les charges d'exploitation (carburant, entretien du véhicule, assurance, amortissement), ni l'impôt sur le revenu. Autrement dit, le chiffre brut d'un rapport officiel n'est pas ce qui tombe sur le compte du chauffeur en fin de mois. C'est un point décisif pour un candidat qui évalue le métier.
Le revenu horaire réel recule chez la plupart des plateformes
C'est le constat marquant du rapport. Sur 2021 à 2025, la hausse cumulée des prix atteint environ 13,6 %. Une fois cette inflation déduite, le pouvoir d'achat horaire des chauffeurs recule chez la plupart des grandes plateformes.
| Plateforme |
Revenu horaire réel (2021-2025, inflation déduite) |
| Freenow |
+12,2 % |
| Allo Cab |
+0,6 % |
| Le Cab |
-7,2 % |
| Uber |
-9,3 % |
| Bolt |
-11,3 % |
| Heetch |
-12,3 % |
Freenow est la seule plateforme à améliorer nettement le pouvoir d'achat horaire de ses chauffeurs sur la période. Mysam progresse aussi (+3,5 %), mais sur une période plus courte (2023-2025). Pour les acteurs les plus connus, Uber, Bolt et Heetch, la tendance est nettement négative en termes réels.
Un revenu par course stable, mais grignoté par l'inflation
Le paradoxe apparent s'explique simplement. En valeur faciale, le revenu par course tient. Chez Uber, il se stabilise autour de 17 euros en 2025, en légère baisse de 1,1 % sur l'année. Chez Bolt, il s'établit à 15,9 euros, en recul de 3,2 %. Heetch enregistre lui un fort rebond en 2025, son revenu moyen par course remontant de 10,5 à 15,6 euros.
Le problème n'est donc pas tant l'effondrement des tarifs que leur stagnation face à des prix qui, eux, montent. Un revenu nominal quasi stable, confronté à plus de 13 % d'inflation cumulée, se traduit mécaniquement par une perte de pouvoir d'achat.
Le temps d'attente, l'angle mort du calcul
Le revenu horaire théorique de l'ARPE suppose un chauffeur toujours en course. La réalité comporte des temps morts. Le rapport mesure d'ailleurs ces temps d'attente entre deux prestations : chez Uber, ils atteignent 7,5 minutes en moyenne en 2025, contre moins de 6 minutes chez Bolt, qui les a fortement réduits cette année-là.
Chaque minute d'attente est une minute travaillée mais non payée. Le revenu horaire réellement perçu, attente comprise, est donc inférieur au revenu horaire brut « en course » publié. C'est la deuxième raison de ne jamais prendre un revenu horaire de plateforme pour argent comptant.
Du brut théorique au net réel : la vraie question
Pour un candidat qui envisage le métier, l'enseignement est clair. Les chiffres officiels décrivent une tendance utile, mais ils répondent à la mauvaise question. Ce qui compte n'est pas le revenu brut théorique en course, c'est le revenu net une fois retranchés les temps d'attente, les cotisations, le carburant ou l'électricité, l'assurance et l'amortissement du véhicule.
C'est précisément ce que notre simulateur de revenu calcule, à partir des barèmes officiels 2026, en distinguant le chiffre d'affaires du net réellement disponible et en comparant les trois statuts. Pour comprendre la mécanique des prélèvements, voir le guide des charges du VTC auto-entrepreneur, et pour une vue d'ensemble, notre page de référence salaire VTC.
Le choix et le pilotage des plateformes restent un levier majeur : à ce sujet, voir notre comparatif Uber, Bolt et Heetch et notre guide complet sur ce que gagne un VTC en 2026.
Ce que ce rapport dit, et ne dit pas
Le rapport ARPE est une source officielle solide sur les tendances du revenu brut par plateforme. Il ne dit rien, en revanche, du revenu net effectivement perçu par un chauffeur donné, qui dépend de son statut, de son véhicule, de sa zone et de son organisation. Il ne mesure pas non plus les pourboires, exclus du périmètre.
La bonne lecture n'est donc pas de conclure que le métier ne paie plus, mais de retenir deux choses. D'abord, le pouvoir d'achat horaire s'est tassé sur cinq ans chez la plupart des grandes plateformes, ce qui justifie de soigner son organisation et son mix de plateformes. Ensuite, et surtout, aucun chiffre brut ne remplace un calcul net personnalisé avant de se lancer.