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Cinq chauffeurs VTC déposent plainte contre Uber pour traite d'êtres humains

La plainte a été déposée le 30 juin auprès du parquet de Paris, avec le soutien du syndicat FO-INV. L'avocat des cinq chauffeurs veut démontrer un recrutement massif de personnes précaires en vue de leur exploitation. Uber rejette catégoriquement les accusations.

Cinq chauffeurs VTC déposent plainte contre Uber pour traite d'êtres humains

Une plainte déposée au parquet de Paris

Cinq chauffeurs VTC ont déposé plainte contre Uber pour « traite d'êtres humains ». Le dépôt a eu lieu le mardi 30 juin 2026 auprès du parquet de Paris, par l'intermédiaire de leur avocat, Me Samir Kahoul. La démarche est soutenue par FO-INV, l'union entre Force ouvrière et l'Intersyndicale nationale VTC, dont Brahim Ben Ali est la figure la plus connue.

Le terrain choisi est inédit dans le secteur : c'est la première fois en France que des chauffeurs VTC attaquent une plateforme de réservation sur ce fondement pénal, une plainte que leur conseil qualifie lui-même de « novatrice ».

L'argument : un recrutement massif en vue d'exploitation

Le code pénal définit la traite d'êtres humains comme le fait de recruter, transporter ou héberger une personne en vue de son exploitation. L'infraction ne vise donc pas seulement les réseaux criminels classiques.

C'est précisément l'angle retenu. L'objectif, explique Me Kahoul, est de « démontrer qu'il existe un acte de recrutement massif en vue d'exploitation ». Selon lui, Uber « recrute massivement une population ciblée, des personnes précaires », pour les rendre « économiquement dépendantes » de la plateforme.

Des états de santé mis en avant

Les cinq dossiers ont été choisis pour illustrer la dégradation des conditions de travail. Selon leur avocat, la baisse de la rémunération par course contraint des chauffeurs à rester connectés 12 à 13 heures par jour, 7 jours sur 7, pour maintenir leur revenu.

Le conseil des plaignants évoque des troubles de santé mentale, de l'arthrose et des pathologies chroniques chez ses clients. Il cite aussi des cas plus graves survenus dans la profession : un chauffeur victime d'un AVC dans son véhicule, des infarctus, des ruptures d'anévrisme au volant. Ces éléments relèvent à ce stade des affirmations de la partie plaignante ; l'enquête, si elle est ouverte, devra les établir.

Uber rejette les accusations

L'entreprise conteste catégoriquement toute traite d'êtres humains. Elle se dit « pleinement ouverte au débat sur le modèle des plateformes », tout en rejetant le parallèle avec l'exploitation au sens pénal. Face aux prises de position répétées de Brahim Ben Ali, Uber a déjà employé le terme de « diffamation ».

Une offensive qui ne vient pas de nulle part

La plainte s'inscrit dans une stratégie contentieuse plus large. Fin avril 2026, quatre livreurs avaient déposé une plainte comparable visant Uber Eats et Deliveroo. FO-INV indique soutenir de son côté plus de 300 procédures prud'homales engagées par des chauffeurs, le plus souvent pour obtenir une requalification en salariat.

Le front judiciaire s'ajoute au front réglementaire : la France doit transposer la directive européenne sur le travail via les plateformes avant le 2 décembre 2026, un chantier toujours pas engagé à la mi-année (voir notre article sur l'échéance de transposition).

Ce qu'il faut en retenir

Une plainte simple n'ouvre pas automatiquement une information judiciaire : le parquet de Paris décide des suites, entre classement, enquête préliminaire ou saisine d'un juge d'instruction. La procédure s'annonce longue et son issue incertaine, tant la qualification de traite est exigeante à démontrer.

Elle place en revanche la question de la rémunération et du temps de connexion au centre du débat public, au moment où le rapport officiel de l'ARPE documente une baisse du pouvoir d'achat horaire des chauffeurs sur cinq ans (voir notre analyse du rapport 2026). Pour un chauffeur en activité ou en reconversion, le dossier mérite d'être suivi : il pèsera sur la transposition de la directive, et donc sur le cadre du métier. Nos actualités suivront les suites données par le parquet.