Janvier 2023, décembre 2023 : deux accords sectoriels sont signés entre les plateformes et les représentants des chauffeurs VTC. Ils instaurent un revenu minimum garanti sur trois dimensions : 9 € par course, 30 € par heure travaillée, 1 € par kilomètre parcouru.
Deux ans plus tard, le bilan est mitigé.
Les courses à 5 euros ont disparu
Avant 2023, les témoignages de courses à 4,50 € ou 5,80 € nets en heures creuses pullulaient sur les forums professionnels. Elles ont mécaniquement disparu : les plateformes ne peuvent plus proposer une mission en dessous de 9 € nets de commission.
Pour un VTC qui effectue 30 courses par jour, dont 20 % se situaient historiquement sous les 9 €, le rehaussement représente 120 à 180 € par semaine à volume égal.
L'effet de bord : moins de courses proposées
Les plateformes ont adapté leur algorithme de dispatch. Une course théorique à 7 € (avec majoration pour atteindre 9 €) est maintenant moins prioritaire, ou simplement écartée au profit de courses plus rémunératrices dès l'origine.
Conséquence : le volume quotidien a légèrement baissé chez certains profils (-8 % en moyenne selon les données remontées par les syndicats), compensé en valeur par le prix plancher. Les chauffeurs rapides en grandes métropoles y gagnent. Ceux qui multipliaient les micro-courses en périphérie y perdent en volume.
Le plancher horaire de 30 € : l'effet stabilisateur
Le seuil des 30 € bruts par heure travaillée, y compris en attente sur l'app, a eu un impact plus fort que prévu. Les chauffeurs qui travaillent en périphérie ou en petites métropoles bénéficient d'un revenu lissé, même lors des creux du milieu d'après-midi.
Mais 30 € brut/h, une fois toutes les charges déduites (URSSAF, carburant, entretien, assurance, amortissement véhicule), retombent assez près du SMIC net horaire. Les accords ont relevé le plancher, pas le plafond.
Côté plateformes : adaptation sans guerre ouverte
Uber, Bolt et Heetch ont appliqué les accords sans contestation publique, en intégrant les seuils dans leurs moteurs de tarification. Les commissions n'ont pas été rehaussées, les prix clients n'ont pas bondi : l'ajustement s'est fait en interne, via la refonte des algorithmes de distribution des courses.
Bolt, qui pratique les commissions les plus basses (15-20 % contre 25-30 % chez Uber), a mécaniquement le plus de chauffeurs qui dépassent naturellement les minima. Uber a plus souvent activé des mécanismes de compensation ex post.
Les critiques : seuils insuffisants, transparence limitée
Deux critiques persistent. Les montants ne sont pas indexés sur l'inflation : 9 € en 2023 équivalent à environ 8,50 € en pouvoir d'achat début 2026. Les syndicats demandent une révision triennale du dispositif.
La transparence reste partielle. L'accord du 19 septembre 2023 sur la transparence des plateformes impose un récapitulatif mensuel, mais la méthodologie de calcul des commissions reste opaque sur certaines courses (promotions, surge pricing).
Et après ?
Les partenaires sociaux ont ouvert le chantier d'une révision prévue pour fin 2026 : revalorisation possible des minima, extension aux deux-roues (VMDTR actuellement dans une zone grise), création d'un mécanisme anti-inflation.
Pour les chauffeurs en activité, la recommandation reste inchangée : refuser toute course sous les seuils, travailler en multi-plateformes, et construire progressivement une clientèle en direct pour s'émanciper des commissions.
Article publié le 10 mars 2026. Pour le détail des seuils et leur application : voir notre guide sur la rémunération minimale.