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De comptable à chauffeur VTC : Thomas, deux ans après

Thomas, 43 ans, a quitté son poste d'expert-comptable à Lyon pour se lancer comme VTC en 2024. Deux ans plus tard, il raconte sans fard ce qui a changé et ce qu'il referait autrement.

"Je ne pensais pas retrouver autant de sens dans la conduite que j'en avais perdu dans les chiffres."

Thomas, 43 ans, parle de son métier actuel avec une aisance qui tranche avec les deux années qui ont précédé sa reconversion. Cadre en cabinet d'expertise comptable pendant dix-huit ans, il a fini par "craquer" pendant un printemps 2024 particulièrement chargé.

La décision

"J'avais 41 ans, deux enfants, un CDI confortable à 3 800 € net par mois. Sur le papier, tout allait bien. Sauf que je ne dormais plus. J'arrivais au bureau le samedi. Ma femme m'a prévenu que ça ne pouvait plus durer."

Rupture conventionnelle négociée en six semaines, avec indemnité de départ équivalente à trois mois de salaire. "Mon employeur a été correct. J'ai ouvert mes droits ARE et je me suis inscrit dans un centre de formation VTC à Villeurbanne dans la foulée, en utilisant mon CPF qui était plein."

La formation

Centre Qualiopi, formation mixte distanciel-présentiel, 120 heures sur six semaines, 2 200 € dont 2 098 € pris en charge par le CPF. "Le module gestion d'entreprise, je l'ai bouclé en une heure. Le reste, c'était vraiment du nouveau : réglementation, connaissance du territoire, accueil client simulé. C'est stressant quand on a été derrière un bureau pendant vingt ans."

L'examen théorique passe du premier coup, l'oral au deuxième passage après un recadrage sur les connaissances touristiques de la région lyonnaise.

Les six premiers mois

Peugeot 508 d'occasion récente (28 000 €, financée en LOA sur 48 mois). Inscription sur Uber et Bolt. 25 heures la première semaine, 40 la deuxième.

"Les trois premiers mois ont été difficiles côté revenu. Je touchais encore une partie de mon ARE, mais le CA brut était à 2 400 € par mois, soit à peine 900 € nets une fois toutes les charges payées. Ma femme faisait vivre la maison."

Bascule au 4ᵉ mois : notes passagers au-dessus de 4,85/5, missions premium débloquées sur Uber, plus de courses aéroport. Le CA mensuel passe à 4 200 € bruts, puis à 5 100 € au 8ᵉ mois.

Aujourd'hui

Deux ans plus tard, Thomas travaille 45 heures par semaine, fait environ 5 500 € de CA mensuel, et dégage 2 100 € nets après charges et amortissement véhicule. "C'est moins que mon ancien salaire, mais je dors. Je fais du sport. Je vois mes enfants. Et je peux arrêter mon activité sans demander l'autorisation à personne si besoin."

Il envisage un passage en SASU courant 2026 pour optimiser ses charges et accéder à une meilleure protection sociale.

Ce qu'il referait

"Tout, sauf l'achat du véhicule. J'aurais dû partir en LLD sur 36 mois, pas en LOA sur 48 mois avec option d'achat. L'amortissement tire sur la trésorerie, et en micro-entreprise je ne peux même pas déduire les loyers pour compenser."

Son conseil pour ceux qui hésitent

"Ne démissionnez pas. Négociez une rupture conventionnelle. Formez-vous pendant le chômage. Mettez six mois de côté avant de vous lancer, pour passer les premiers mois sans angoisse. Et parlez-en à votre conjoint ou conjointe avant tout le monde."


Témoignage recueilli dans le cadre de notre série "Deux ans après la reconversion". Les chiffres sont ceux rapportés par Thomas et n'ont pas vocation à représenter l'ensemble de la profession.