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Micro-entreprise ou société : quel statut pour un chauffeur VTC ?

Avantages, inconvénients, seuils de chiffre d'affaires et protection sociale : comparatif détaillé des deux statuts principaux pour se lancer en tant que chauffeur VTC.

Avant de passer l'examen et de commander sa carte professionnelle, un futur chauffeur VTC doit choisir son statut juridique. Deux options principales : la micro-entreprise (ex auto-entreprise) ou la société (EURL, SASU, plus rarement SARL). Ce choix a des conséquences importantes sur les cotisations, la protection sociale et la trésorerie.

La micro-entreprise : simplicité et plafond de chiffre d'affaires

C'est le statut de loin le plus répandu chez les VTC débutants, pour une raison simple : sa simplicité administrative.

Avantages

Inconvénients

  • Plafond de chiffre d'affaires : 83 600 € par an pour une activité de services en 2026. Dépassement sur 2 années consécutives = basculement obligatoire en régime réel (entreprise individuelle classique ou société).
  • Pas de déduction des frais professionnels : le carburant, l'entretien, l'assurance, les commissions plateforme… rien ne vient en déduction du CA. Vous payez les cotisations sur le brut encaissé.
  • TVA non récupérable : l'achat d'un véhicule neuf à 30 000 € TTC contient 5 000 € de TVA que vous ne pouvez pas récupérer.
  • Protection sociale faible : retraite de base et maladie seulement, pas de complémentaire automatique, pas de droit au chômage.
  • Pas de salaire "officiel" : ce que vous prélevez est un "revenu", pas un salaire. Plus difficile pour obtenir un crédit immobilier par exemple.

Pour qui ?

La micro-entreprise convient bien :

  • au démarrage, pour tester le marché avec peu de risques,
  • au complément de revenu (activité à temps partiel),
  • aux VTC avec un CA prévisionnel sous 40 000 €/an (au-delà, les charges non déductibles commencent à peser lourd).

La société (EURL, SASU, SARL) : optimisation fiscale

Créer une société unipersonnelle (EURL ou SASU) revient à séparer son patrimoine personnel de l'activité professionnelle. Le chauffeur devient dirigeant de sa société.

Avantages

  • Déduction de tous les frais professionnels : carburant, entretien, assurance, amortissement du véhicule, téléphone, comptable, commissions plateforme, abonnements pro. Le résultat imposable est le CA moins les charges.
  • Récupération de la TVA sur les achats professionnels (véhicule, carburant, équipement).
  • Pas de plafond de CA.
  • Protection sociale meilleure : en SASU, vous êtes assimilé salarié (régime général), avec couverture maladie identique à un salarié classique. En EURL, vous êtes au régime TNS (indépendants) qui est moins protecteur mais moins cher.
  • Rémunération via salaire + dividendes possible, pour optimiser charges et impôts.
  • Crédibilité accrue auprès des banques, assurances, partenaires.

Inconvénients

  • Création plus complexe et plus chère : rédaction des statuts, dépôt du capital (1 € minimum), annonce légale (~150 €), immatriculation au RCS (~50 €). Total : 300 à 1 000 € selon si vous faites appel à un avocat ou non.
  • Comptabilité obligatoire : bilan annuel, compte de résultat, déclarations TVA. Un expert-comptable coûte entre 80 et 200 €/mois.
  • Charges fixes même à CA nul (cotisations minimum, compta, assurance).
  • Imposition double possible : impôt sur les sociétés (15 à 25 %) plus impôt sur le revenu sur les dividendes.

Pour qui ?

La société convient mieux :

  • aux VTC avec un CA supérieur à 50 000-60 000 €/an,
  • à ceux qui investissent dans un véhicule cher (TVA récupérable significative),
  • à ceux qui envisagent d'embaucher ou de s'associer,
  • à ceux qui veulent une vraie protection sociale.

Tableau comparatif

Critère Micro-entreprise Société (SASU/EURL)
Création Gratuit, immédiat 300-1000 €, 1-2 semaines
Plafond CA 2026 83 600 € Aucun
Cotisations 21,2 % du CA Variables (régime général ou TNS)
Déduction frais Non Oui
TVA récupérable Non Oui
Comptabilité Simple (livre de recettes) Bilan obligatoire (expert-comptable)
Protection sociale Minimale Bonne (SASU) ou moyenne (EURL)
Chômage si cessation Non Non

Peut-on changer de statut en cours de route ?

Oui. Beaucoup de VTC démarrent en micro-entreprise puis basculent en société quand leur CA le justifie. La bascule est simple :

  • Radier la micro-entreprise au Guichet unique.
  • Créer la société.
  • Transférer l'activité (véhicule, numéro VTC, contrats plateformes).

Le numéro d'inscription au Registre des Exploitants VTC (REVTC) doit être réattribué au nouveau statut, ce qui se fait en ligne.

Notre reco en 3 questions

  1. Votre CA prévisionnel la 1ʳᵉ année dépasse-t-il 50 000 € ? Si oui, société. Sinon, micro.
  2. Avez-vous un gros achat véhicule à faire (> 20 000 €) ? Si oui, société (pour récupérer la TVA).
  3. Avez-vous besoin d'une vraie protection sociale (famille à charge, pas de conjoint salarié) ? Si oui, SASU.

En cas de doute, un rendez-vous gratuit avec un expert-comptable (beaucoup en offrent un premier) fait gagner un temps précieux.

Références


Guide à jour au 1er janvier 2026. Les seuils de chiffre d'affaires de la micro-entreprise sont réévalués tous les 3 ans par décret.

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